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Un soulèvement contre l'oppression de Mohammad Reza Pahlavi

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)
L’Ayatollah Rouhollah Khomeini est accueilli à l’aéroport Mehr-Abad de Téhéran le 1er février 1979 à son retour d’exil en France. (AFP)

Le 1er février 1979, après des années d’exil, l’Ayatollah Seyyed Rouhollah Khomeini rentrait au pays.

Il est à la tête d’une révolution qui se prépare depuis des années : un soulèvement contre l’oppression de Mohammad Reza Pahlavi, contre un système marqué par la corruption et l’incompétence, un système qui a dépouillé le pays de son indépendance et réduit le destin de son peuple à un jouet entre les mains de puissances étrangères.

Le jeune Rouhollah fut parmi les tout premiers disciples du nouvellement établi Séminaire de Qom. Âgé de seulement 19 ans, il suit les cours de nombreux professeurs et maîtrise déjà un large éventail de disciplines. Son progrès fut si rapide, que très vite, il devint l’objet d’admiration de ses instructeurs.

Déjà à cette époque, on parlait de son avenir, on était certain qu’il deviendrait un jour un grand homme. Des années plus tard, cette prédiction s’est réalisée.

Lorsque l’Ayatollah Boroujerdi, la plus grande autorité religieuse de l’époque, arriva à Qom, Seyyed Rouhollah était déjà un enseignant reconnu, engagé depuis longtemps dans l’enseignement du mysticisme, de l’éthique, de la jurisprudence et de la philosophie.

Mais son érudition à elle seule n’expliquait pas son influence. Plus que tout autre religieux de sa génération, il s’est exprimé ouvertement sur les réalités politiques et sociales de l’Iran.

Dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, dans un pays nouvellement libéré de l’occupation soviétique et britannique, la présence d’une figure comme Haj Agha Rouhollah a attiré des dizaines de jeunes en quête de changement.

Aussi, l’Ayatollah Boroujerdi le désigna comme son représentant auprès du Shah. Il entra à la cour royale sans respecter le protocole. Sans manifester de déférence particulière envers le jeune dictateur, il transmit le message de Boroujerdi et s’en alla.

Cette confrontation se répétera des années plus tard, lorsque Seyyed Rouhollah sera à la tête de la dernière révolution du siècle et Mohammad Reza, le dernier Shah.

Mais les racines de cette confrontation remontent à plusieurs décennies. À l’époque, plus de 30 000 conseillers et employés américains travaillaient au sein des institutions gouvernementales iraniennes.

Le tournant s’est produit en 1962 lorsque le gouvernement a proposé une nouvelle loi selon laquelle les représentants élus ne seraient plus tenus de prêter serment sur le Noble Coran lors de leur entrée en fonction dans les conseils locaux.

L’Ayatollah Khomeini s’y opposa ouvertement. Il écrivit de nombreuses lettres aux autorités et s’adressa inlassablement au peuple. L’opinion publique évolua ; face à la résistance croissante, le gouvernement abrogea la loi.

Presque aussitôt, avec beaucoup de faste, le Shah annonça la soi-disant Révolution blanche ; un référendum serait organisé pour approuver ses réformes économiques.

Mais qui ignorait que le Shah était arrivé au pouvoir par un coup d’État contre le Dr. Mossadegh ? Qui ignorait que, sous son règne, les résultats des élections étaient décidés d’avance ?

L’ayatollah appela la population à boycotter un référendum organisé par un gouvernement illégitime. Nombreux furent ceux qui suivirent cet appel. Le Shah entra dans une colère noire. Quelques jours plus tard, des soldats prirent d’assaut le séminaire Feyziyeh à Qom, tuant et blessant des séminaristes.

Le jour d’Achoura, Seyyed Rouhollah monta en chaire et prononça son discours le plus virulent contre le Shah. La nuit même, les gardes royaux encerclèrent sa maison et l’arrêtèrent.

L’arrestation de l’Ayatollah Khomeini a coûté très cher au régime Pahlavi. Des manifestations massives ont éclaté dans tout le pays. Des dizaines de personnes ont été tuées ou blessées. Des personnalités influentes, en Iran et à l’étranger, ont prononcé des discours et envoyé des lettres exigeant la libération de ce religieux résistant et en quête de justice.

Lorsque la pression publique a finalement obtenu sa libération des mois plus tard, rien n’avait changé. Seyyed Rouhollah s’est alors prononcé contre la loi de capitulation, une législation accordant l’immunité aux militaires étrangers devant les tribunaux iraniens.

Il a déclaré que le Shah vendait l’indépendance de l’Iran aux Américains. Il a accusé les dirigeants du pays de n’être que des marionnettes des Américains.

Cette fois, la réponse fut l’exil ; après un bref séjour en Turquie où il lui fut même interdit de contacter sa famille, il fut envoyé en Irak.

Pendant douze ans, Najaf devint le centre de son enseignement. Les étudiants qui échappaient à la prison s’y rendaient pour assister à ses cours. Ceux qui ne le pouvaient pas s’échangeaient des enregistrements, des brochures et des livres, écoutant en secret les paroles du plus grand opposant à la dictature.

L’Ayatollah Khomeini s’est dressé seul contre la politique du régime du Shah, le soutien à Israël, les célébrations fastueuses, la modification du calendrier national, l’enrôlement forcé des citoyens au parti politique du Shah et la profonde corruption économique de la cour royale.

En Iran, la possession d’une simple cassette ou d’un tract portant les paroles de Khomeini suffisait à justifier une arrestation par la SAVAK et des tortures pouvant mener à la mort.

Le régime a cherché à le faire taire, à s’assurer que le peuple n’entende plus rien de lui, espérant que le temps et la distance effaceraient sa mémoire ; ils se trompaient.

Les personnes vivant dans la longue période d’obscurité qui a suivi le coup d’État de 1953, orchestré par les Américains et les Britanniques, cherchant désespérément quelque chose à quoi se raccrocher, ont placé leur espoir dans sa résistance.

Ils l’aimaient tellement que lorsqu’un journal gouvernemental l’insulta, la colère se déchaîna dans les rues. Des manifestations s’ensuivirent, chacune résultant en effusion de sang.

Seyyed Rouhollah était désormais le chef d’une révolution, un vieil homme à des milliers de kilomètres de l’Iran, assis sur une simple natte à Neauphle-le-Château, près de Paris, donnant de l’espoir à toute une nation.

D’un seul message, il pouvait envoyer des millions de personnes dans la rue, défiant la loi martiale et affrontant les balles des soldats.

Seyyed Rouhollah était devenu la voix d’une nation épuisée par l’oppression et la dépendance.

Le peuple le suivit, se mit en grève, déserta les bases militaires, manifesta. Il était celui qu’ils attendaient.

Et ainsi, lorsque la Révolution islamique a finalement triomphé dans le sang du peuple, des millions de personnes ont envahi les rues pour l’accueillir à son retour.

Ils écoutaient ses paroles. Les rues et les maisons se remplissaient de son image ; chaque jour, des milliers de personnes faisaient la queue simplement pour le voir.

On l’appelait désormais l’Imam Khomeini, le dirigeant d’une nation qui avait renversé les mains vides un dictateur soutenu par les superpuissances mondiales.

Les médias du monde entier ont parlé de ses discours, de sa vie austère, de son immense soutien populaire, de sa poésie, de son habileté politique, de son leadership, mais plus encore que les médias, c’est le peuple qui l’a compris.

Ils l’aimaient si profondément qu’à sa vue, ils pleuraient, galvanisés par le courage qu’il leur avait donné pour accomplir ce qui leur avait paru autrefois impossible : le renversement d’un Shah soutenu par l’ensemble du bloc occidental, y compris les États-Unis.

Le 1er février 1979 marque un nouveau chapitre dans l’histoire de l’Iran sous la direction de l’Imam Khomeini.

 

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SOURCE: FRENCH PRESS TV